279 - Novembre 2007

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Oserfranchir les frontières
Message du Père Wilhelm Steckling, o.m.i., Supérieur général
de la part du Gouvernement central
Présenté à la Session intercapitulaire à Hartbeespoort, Afrique du Sud
le 5 octobre 2007


Introduction
I. Les deux derniers Chapitres généraux
II. Un regard sur certains faits
III. Réflexions missionnaires oblates sur l’internationalité
et le franchissement des frontières

IV. Action possible

Introduction


Il y a des valeurs qui reviennent souvent dans le discours public – plus récemment on parle d’empathie, de force de résistance, ou de viabilité. On peut avoir l’impression que ceux qui traitent de ces valeurs les ont déjà intériorisées et qu’ils sont en fait devenus plus empathiques ou capables de récupérer ou que leurs projets sont maintenant viables. Toutefois, l’expérience de la nature humaine nous apprend que parler souvent d’un idéal n’est pas toujours le signe qu’on s’applique à le réaliser. Cela mène souvent à la méfiance. D’autre part, ces nouveaux termes peuvent signifier deux choses : 1) qu’on croit qu’une telle valeur mérite d’être mieux comprise et appréciée, et 2) qu’on est prêt à faire le premier pas pour s’y engager.

Je crois que cela vaut aussi pour une valeur à laquelle nous, les Oblats, nous nous référons en parlant d’« internationalité ». C’est désormais un sujet fréquent de conversation à travers la Congrégation. Même si on soupçonne que nous ne réalisons pas parfaitement cette valeur, nous devons reconnaître que beaucoup la voient comme positive et se demandent comment ils pourraient mieux actualiser cet aspect de notre vie oblate.

Dans le contexte de notre mission, le terme « internationalité » doit être plus qu’un simple titre que nous pourrions utiliser, jusqu’à ce que nous trouvions une expression plus adéquate pour désigner la réalité qui s’y cache derrière. Le document du Chapitre de 2004 l’appelle un « passe-frontières» . Il y a plusieurs manières de décrire l’internationalité, le « franchissement des frontières» : un travail missionnaire dans un pays autre que le sien, oui, mais aussi un effort pour atteindre ceux qu’on considère comme étrangers ou marginaux dans son propre pays, ou encore des communautés oblates multiculturelles. Ce qui est signifié par ce terme n’est pas tellement une situation statique – comme un immeuble devant lequel flottent de nombreux drapeaux nationaux – mais plutôt un dynamisme, une audace missionnaire, hardie au point de franchir des frontières toujours nouvelles, et non seulement celles de son propre pays. Le résultat pratique d’un tel dynamisme sera peut-être que notre ministère s’exercera de plus en plus dans un contexte international et que nous vivrons de plus en plus dans des communautés internationales – ces deux situations représentant déjà un grand défi ! – mais la valeur sous-jacente à cette idée est encore plus large.

Pour reprendre une image utilisée par l’un des membres du Conseil général, on pourrait dire que la Congrégation, vue dans son internationalité, est comme un des grands fleuves du monde. Ce peut être le Gange, le Mississippi, l’Amazone, le Nil ou même, le Yangtzé. Il arrose de nombreux pays, il baigne différents paysages, populations, cultures, langues, il donne vie et fertilité à tout ce qu’il touche, il recueille l’eau de plusieurs affluents à des points différents mais ne perd jamais son identité. Au contraire, il devient un élément vital de croissance contribuant à la civilisation, à la culture et à l’économie des peuples le long de son chemin. Il n’est pas dormant ou statique. Il franchit les frontières sans jamais être retenu par des barrages. Ainsi la Congrégation poursuit-elle sa mission et nous en sommes partie.Je vous invite donc d’abord à vous rappeler notre réflexion sur l’« internationalité » au cours des deux derniers Chapitres généraux, et à reconnaître ensuite quelques faits tirés du ministère et de la vie des Oblats aujourd’hui. En un troisième temps, je ferai quelques réflexions pour aider à « oser franchir le seuil » en tant qu’Oblats missionnaires, et je conclurai par quelques suggestions pratiques.


I. Les deux derniers Chapitres généraux


Notre Congrégation a vécu l’internationalité depuis le temps du Fondateur, mais elle n’a commencé à y réfléchir qu’en ces récentes années. Le Chapitre général de 1998 affirme que « en effet, dans un monde qui devient de plus en plus international, même si les particularismes résistent toujours, le fait d’être une congrégation internationale est une chance » (EPM 33). Les capitulants y ont reconnu que « nous vivons déjà l’internationalité de diverses manières: par le partage financier, en favorisant les rencontres des Oblats en formation, en étant disponibles pour la mission partout dans le monde» (ibid.), mais ils ont fait appel à une prise de conscience plus profonde « qui pourrait nous amener :
  • à regarder en face l’ensemble des conséquences de notre croissance démographique dans l’hémisphère Sud;
  • à aller plus loin et vivre à tous les niveaux une vraie conversion, à ne pas nous borner ‘à ma région, ma province, mon pays’. Oblats, nous sommes pour la Congrégation, pour l’Église, pour le monde;
  • à la souplesse, la générosité, l’ouverture culturelle voulues pour recevoir et donner notre personnel en fonction des besoins prioritaires de la mission;
  • au plan de la formation, à apprendre à aimer sa propre culture sans la rendre exclusive, à s’ouvrir aux autres cultures, langues… Pour un tel apprentissage, des stages à l’étranger, surtout là où l’on peut apprendre au contact des pauvres, voire à l’établissement de maisons de formation internationales, semblent être des instruments nécessaires » (EPM 33-34).

Tout cela se passait il y a neuf ans! Y a-t-il eu progrès depuis? Dans mon rapport au Chapitre de 2004, j’ai énuméré quelques initiatives récentes. D’abord quatre projets dans le domaine de la formation: « la formation missionnaire, des stages pour tous les Oblats en formation première, une consolidation des maisons de formation et la visite de pairs ». Nous avons également lancé des « équipes missionnaires », officiellement appelées « Missionnaires sans frontières », et connu la naissance d’initiatives comme « Missionnaires pour la France » et le projet de Birmingham; nous avons aussi fait des efforts pour restructurer et raffermir les Régions.

La conscience de l’internationalité s’est accrue au fil des ans et peut-être les premiers vrais pas vers cette « véritable conversion » à laquelle nous avons été appelés en 1998 ont été franchis. Puis, d’un pas plus avant, le dernier Chapitre général a dit à la Congrégation:

« Les recommandations qui sont issues de ce Chapitre général veulent répondre à nos préoccupations majeures. Toutefois, si elles devaient être teintées d’une couleur commune, ce serait celle de l‘internationalité. Tout au long de ce Chapitre, nous avons ressenti un désir grandissant pour plus d’internationalité entre nous » (TE, p. 9-10).

En 2004 l’internationalité occupait la scène centrale. Pourquoi était-elle vue comme tellement importante à ce moment de notre histoire ? Les capitulants en ont donné plusieurs raisons.

La raison la plus immédiate était un besoin concret de solidarité : « Chaque partie de la Congrégation est riche à sa façon. Notre potentiel pour servir les pauvres plus efficacement, pour continuer à nous développer dans toutes les parties du monde, dépendent de notre plus grande solidarité en tant que corps international, y compris la consolidation là où cela est nécessaire et possible. Chaque partie de la Congrégation est invitée à offrir ses dons particuliers pour le bien de l’ensemble » (TE, p. 10).

Une réflexion ultérieure nous a conduit à y voir une motivation plus profonde fondée sur la foi : « À travers une solidarité accrue, nous découvrirons de nouveaux visages du Christ pour nous-mêmes et pour l’annonce du Ressuscité » (ibid.). La réflexion du Chapitre a enrichi le concept d’internationalité qui en lui-même semblait très profane et l’a mis en relation avec notre appel missionnaire. De nouvelles communautés internationales pilotes ont été proposées. Le document alors jongla avec l’expression «franchissement de frontières » et dit, par exemple, en parlant de la formation, que « nous reconnaissons la nécessité de dépasser les barrières culturelles et les frontières nationales et choisissons l’internationalité comme l’une des composantes essentielles de la formation missionnaire ». La Lettre du Chapitre culmina dans une vision de foi d’un « passage» des frontières ou d’un aller outre-frontière. Je cite ici dans son entier ce passage de la Lettre:

« Ce Chapitre général a aussi reconnu que le monde que nous sommes appelés à aimer et dans lequel nous œuvrons change radicalement. Comme Jésus marchant le long des frontières de Samarie, nous sommes nous aussi confrontés à différentes conceptions de la culture, de l’appartenance ethnique, de la religion; nous sommes invités à un nouveau dialogue. Le monde ne fonctionne plus comme auparavant. D’anciennes frontières tombent, alors que de nouvelles émergent. Notre tâche est d’être missionnaires dans cette nouvelle réalité pluraliste, sensible et complexe. Comme Jésus, nous sommes invités à être des « passe-frontières », à nous vider de tout ce qui nous est précieux de façon à entrer plus pleinement dans la vie de l’autre, en particulier dans la vie du pauvre. Le Dieu que nous proclamons doit être le Dieu humble, le Dieu de la kénose incarné en Jésus » (TE, p. 11).

Sans aucun doute, les deux derniers Chapitres généraux ont attiré toujours plus notre attention sur la solidarité internationale, sur l’interculturalité, sur le franchissement des frontières. Sommes-nous capables de reconnaître ici un appel en accord avec le charisme de saint Eugène, un appel qui vient de l’Esprit ? Quelle devrait être notre réponse ?


II. Un regard sur certains faits

A. Frontières dans le monde d’aujourd’hui


« Le monde ne fonctionne plus comme auparavant. D’anciennes frontières tombent, alors que de nouvelles émergent »: telle était l’analyse des capitulants oblats en 2004 (TE, p. 11) D’une certaine manière, nous vivons en un monde qui se sent comme un unique « village global». Les facilités de communication et de voyage, aussi bien que le déplacement de biens et d’argent ont créé de nouvelles réalités et une nouvelle conscientisation. Les 50 dernières années ont vu presque doubler le nombre des émigrants qui se déplacent au niveau mondial et des peuples de différentes cultures, auparavant inconnus les uns aux autres, maintenant se rencontrent[1]. Une nouvelle préoccupation globale pour la paix, la justice et l’utilisation des ressources limitées du monde a vu le jour.

D’autre part, de nouvelles barrières surgissent : la pauvreté s’étend toujours davantage,[2] due en large mesure à des conditions injustes du marché[3], alors que des vues xénophobes et fondamentalistes s’expriment avec une nouvelle vigueur. La montée de frontières de toutes sortes est toujours plus complexe – mais c’est là le monde auquel nous, les Oblats, sommes envoyés et dans lequel nous sommes appelés à être les témoins de l’amour du Christ-Rédempteur.

B. Des faits dans notre Congrégation


1. La Congrégation est présente en de nombreux pays: est-ce suffisant pour être une congrégation missionnaire internationale?


Nous sommes présents en 67 pays, et à nos réunions nous pouvons déployer beaucoup de drapeaux nationaux. D’une certaine manière notre Congrégation correspond au village global de notre monde. Cependant, une question demeure: comment sommes-nous effectivement internationaux dans notre vie et notre travail de chaque jour, et comment sommes-nous encore en train de franchir nos frontières ? Franchir les frontières est typiquement missionnaire, si on entend par là non seulement les frontières territoriales, mais aussi celles des cultures, des groupes d’âge, des croyances. Combien de fois l’Oblat moyen a-t-il franchi des frontières en ces dernières années ?

Les statistiques d’Oblats allant en d’autres pays peuvent nous éclairer non seulement sur notre internationalité mais aussi sur le tableau plus large de notre audace missionnaire. Grâce à notre secrétariat général et à son directeur, le p. Tom Coughlin, nous avons des données sur les expatriés et les missionnaires, les groupes d’âge, les provinces qui envoient et celles qui reçoivent. Cela nous offre des indications sur notre caractère international aujourd’hui et sur les tendances qui se dessinent pour l ‘avenir.

Ces questions n’ont pas une importance purement théorique. Certaines de nos Provinces oblates se trouvent dans un besoin urgent de personnel: y a-t-il des Provinces dans d’autres pays qui peuvent leur apporter un coup de main ? À la Maison Générale nous recevons constamment des demandes pour des missionnaires de diverses parties du monde: qui d’entre nous a du personnel disponible et pourrait participer à de nouvelles missions ? À supposer que nous puissions disposer de personnel, comment pourrions-nous le préparer pour de nouvelles tâches ? Considérons ces questions de façon réaliste. Le Chapitre de 1998 a affirmé: « Cependant, nous n’avons pas encore pris la mesure exacte de cette réalité. Nous sommes loin d’avoir épuisé toutes les richesses qu’elle nous offre » (EPM 34).

2. Franchir les frontières


L’élan pour la mission ad extra est fort dans la Congrégation ! Je voudrais dresser maintenant une liste de Provinces et de Délégations qui ont entre 14 et 40% d’Oblats leur appartenant mais qui travaillent dans d’autres pays. Cinq Provinces européennes sont encore en tête, même si à l’heure actuelle certaines d’entre elles souffrent d’une pénurie de vocations. Il est aussi encourageant de constater qu’en dehors du monde occidental, des Unités comme le Congo, Colombo et le Pérou ont déjà maintenant plus du cinquième de leurs missionnaires à l’étranger.

Pourcentage de missionnaires ad extra,
parmi les OMI après la formation première
On espère que se continuera l’engagement de la Congrégation pour la mission à l’étranger. Comme je l’ai souligné dans ma récente lettre sur la mission, beaucoup de ceux qui demandent la première obédience sont prêts à être envoyés dans d’autres pays; plus précisément, depuis le Chapitre de 2004, 65 jeunes Oblats sur les 200 qui ont terminé leur formation première ont été envoyés à l’étranger, c’est-à-dire presque 33%.

Beaucoup a aussi été fait pour préparer les bagages en vue d’un voyage outre-frontières. Un certain nombre de maisons de formation sont internationales; au moment du Chapitre, ces maisons rassemblaient 40% de nos étudiants au stade du post-noviciat. La Région d’Afrique a fait un effort remarquable ces dernières années en ajoutant au programme de Cedara dans le Sud un philosophat et un théologat communs pour toute l’Afrique francophone du Nord, c’est-à-dire à Yaoundé et à Kinshasa. De plus, un peu partout dans la Congrégation ont été introduites des expériences pastorales comme étape normale de la formation, ce qui offre l’opportunité de sortir de sa propre culture pour un an et souvent d’apprendre une autre langue.

Comme résultat, nous pouvons compter plusieurs regroupements internationaux dans nos communautés, Délégations et Provinces. Dans ce contexte, mentionnons la Province du Cameroun, qui comprend le Nigéria et le Tchad; la Province d’Argentine-Chili, le projet « Missionnaires pour la France », les missions parmi les Premières Nations au Canada, les Délégations du Pakistan, de Corée-Japon et de Thaïlande, et plusieurs autres. De plus, des processus de restructuration récents ont rendu certaines de nos Unités plus internationales, le dernier étant celui de l’intégration de l’Allemagne, de l’Autriche et de la République Tchèque dans la Province de l’Europe Centrale, établie au mois de mai de cette année.

3. Limites dans notre franchissement des frontières


Si nous regardons de près le nombre des Oblats travaillant dans des pays différents des leurs, deux soucis surgissent.

Le premier concerne l’âge des missionnaires expatriés: beaucoup d’entre eux ont plus de 60 ans. Allons-nous devenir moins internationaux une fois que ceux-ci rentreront dans leur Province d’origine ?

L’autre souci est dû au fait que toutes les Provinces ne sont pas également motivées pour envoyer du personnel à l’étranger. Il y a quelquefois de bonnes raisons pour cela : le besoin dans son propre pays peut être trop urgent pour laisser aller du personnel missionnaire, ou bien la Province est encore trop jeune. Cependant, aller dans un autre pays est une affirmation puissante de notre caractère missionnaire; tôt ou tard, nous devrions être prêts à donner ce signe à l’Église et à nous-mêmes.

Un cas exceptionnel à cet égard est la Pologne qui a fourni au monde oblat presque la moitié des jeunes missionnaires ad extra (sous les 60 ans). Le groupe des moins de 45 ans a presque atteint la centaine (précisément 97).
D’autres Provinces qui ont un nombre important de missionnaires plus jeunes à l’étranger sont le Congo, l’Italie, Haïti, Colombo, Jaffna et l’Espagne.

Le graphique ci-dessus indique les Unités de la Congrégations (excepté la Pologne) qui envoient les plus grand nombre de missionnaires au-dessous de 45 ans.

S'il n'y a pas d'erreurs, le tableau des Provinces plus nombreuses se présente donc ainsi:

Les données de droite montrent la présence moyenne d’Oblats expatriés dans le personnel missionnaire; dans l’ensemble de la Congrégation il s’agit de 21%. Chaque Unité pourrait vérifier si elle constitue un ensemble plus ou moins international.



Pour évaluer en détail cet aspect de l’internationalité, j’ai divisé les Unités en quatre groupes, selon les pourcentages. Les nouvelles Unités commencent évidemment avec 100% d’expatriés (groupe 1, ci-dessous) ; ensuite, selon leur développement, la composante des autochtones peut devenir plus forte (groupe 2). La transition à un leadership fait d’autochtones marque habituellement une phase critique. À la fin du processus, les autochtones arrivent à environ 80% et un niveau élevé d’inculturation est atteint (groupe 3). Finalement, il reste très peu d’étrangers. À ce moment, je crois que cela pose inévitablement la question à savoir si l’Unité n’est pas en train de devenir trop nationale et si elle ne profiterait pas d’un enrichissement venant d’une composante internationale (groupe 4).

4. Questions


Suite à ces considérations, plusieurs questions peuvent se poser. Je le répète, la mission à l’étranger n’est pas la seule façon pour un missionnaire de franchir les frontières, mais elle peut indiquer si on est prêt à un apostolat de frontière. Des questions surgissent du côté qui envoie et d’autres du côté qui reçoit. On doit, de plus, considérer non seulement le personnel, mais aussi d’autres ressources comme la terre, les immeubles et les finances.

Du point de vue du côté qui envoie, un regard sur les faits nous pousse à nos demander:

La Congrégation aura-t-elle assez de missionnaires pour remplacer les missionnaires expatriés vieillissants ?

Sinon, la Congrégation deviendra bientôt moins internationale et perdra une chance de renouveler son effort missionnaire. Je tiens pour acquis que de nouveaux missionnaires étrangers seront envoyés à des endroits autres que ceux de leurs confrères vieillissants. En rapport avec cette considération, ne devrions-nous pas nous demander:

En faisons-nous assez pour motiver et préparer nos jeunes à affronter un pays, une culture et une Église différents des leurs ? Comment la mission se vit-elle d’un pays plus pauvre vers un pays plus riche, alors que dans le passé c’était surtout le contraire?

Nous devons reconnaître que certains clichés traditionnels de la mission étrangère sont en train de changer ; cela ne concerne pas tellement la motivation primaire, qui consiste à annoncer le Christ Sauveur et son Royaume, mais plutôt un certain nombre de motivations secondaires. Le missionnaire typique n’est plus aujourd’hui celui qui s’incline vers des gens moins cultivés et plus pauvres que lui ; il doit souvent lever son regard vers une culture plus riche et une éducation plus avancée de ceux à qui il est envoyé, comme Paul à l’Aréopage. Et encore, il n’est plus le protagoniste de la mission mais il doit plutôt trouver sa place comme collaborateur à l’intérieur d’une Église déjà existante. Arrivons-nous à motiver nos étudiants pour qu’ils deviennent des missionnaires de ce genre et leur donnons-nous les instruments pour réussir ?

Ici, la terre, les immeubles, les finances et les techniques administratives entrent en jeu. Comment donner à chaque Unité les ressources non seulement pour envoyer des gens mais aussi pour les préparer adéquatement ? Le partage des ressources est une condition pour notre mission aussi importante que le partage du personnel. Un type de Province peut être en mesure d’offrir du personnel alors qu’une autre peut soutenir la mission par son expertise et des moyens matériels. Franchir les frontières doit inclure tout cela, si nous voulons aller de l’avant. En ce sens, il était bon de voir cette année la Région européenne décider d’assumer ensemble la responsabilité de financer la formation première.

Une série différente de questions surgit du côté qui reçoit.

Sommes-nous prêts à recevoir des missionnaires étrangers ?
Avons-nous un esprit et des projets missionnaires à leur offrir ?
Comment mettre en place un processus pour les y préparer ?
Avons
-nous un processus pour nous préparer à les accueillir?
Comment créer des situations où ils peuvent partager les richesses dont ils sont porteurs ?

Ces questions concernent des Provinces qui ont besoin de personnel, spécialement dans le monde sécularisé, de l’Amérique du Nord à l’Europe occidentale, à l’Uruguay et au Japon, dont certaines ont envoyé dans le passé du personnel à l’étranger. Ces questions concernent aussi des Provinces qui ont dépassé le stade de fondation et qui sont maintenant bien incultures et autonomes. Elles pourraient aussi profiter en devenant de nouveau internationales. Aucune province dans le monde Oblat ne devrait être privée d’un certain degré de présence oblate internationale dans sa vie communautaire et sa mission.


III. Réflexions missionnaires oblates sur l’internationalité
et le franchissement des frontières


L’intuition du Chapitre au sujet de l’internationalité et du franchissement des frontières peut facilement être relié à des racines bibliques; le document du Chapitre de 2004 nous en donne quelques indices. Pareillement, on trouve des racines semblables dans la tradition de notre Fondateur. Comme partie de ma réflexion, je veux également nommer quelques difficultés et craintes qui surgissent lorsque nous nous approchons de frontières à franchir et suggérer des façons de surmonter ces obstacles.

1. Franchir les frontières dans la Bible


Dans leur Lettre de 2004, les capitulants ont invité la Congrégation et nos associés laïcs à puiser chez Abraham et Sara leur inspiration pour la mission d’aujourd’hui.
« Un des défis majeurs que ce Chapitre présente à chaque Oblat, c’est celui que Dieu a présenté à Abraham et à Sara quand il les appela à quitter leur pays pour aller vers l’inconnu. Comme eux, nous sommes appelés nous aussi à mettre de côté les stratégies, langues, politiques, programmes personnels auxquels nous tenons et, comme des pèlerins, à laisser derrière nous les bagages inutiles qui peuvent nous ralentir. Nous avons à nous ouvrir au plan imprévisible de Dieu. Ce qui nous invite, comme missionnaires, à partir pour un nouveau pays qui nous sera montré à mesure que nous avancerons dans la confiance, qui prend sa source dans notre communion avec Dieu et est enracinée dans l’espérance » (TE, p. 10-11).

Remarquons qu’aller vers l’inconnu, partir pour un nouveau pays, est ce qui nous est demandé en tant que missionnaires, suivant le plan imprévisible de Dieu. En Gen 12, 1, nous lisons : « Yahvé dit à Abram : ‘Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai’ » – pas celui où nous avons dit à Dieu de nous envoyer, celui que nous avons conseillé à Dieu de choisir pour nous, mais « le pays que je t’indiquerai ».

Un autre paragraphe du Chapitre cité plus haut se réfère à Jésus lui-même qui s’approche des frontières.

Comme Jésus marchant le long des frontières de Samarie … nous sommes invités à être des « passe-frontières » … nous proclamons … le Dieu humble, le Dieu de la kénose incarné en Jésus (TE, p. 11).

Ici nous sommes invités non seulement à aller au-delà, comme Jésus, pour entrer dans les Samaries de notre temps, pour entrer plus pleinement dans la vie des pauvres, mais aussi à le suivre dans son action de se vider de lui-même. Ce terme biblique met en relation le franchissement des frontières avec les mystères les plus profonds de notre foi, avec le mystère pascal, avec le Dieu de la kénose de la Sainte Trinité.

Construisant sur ces fondations bibliques, nous éviterons le danger que notre réflexion sur l’internationalité et notre appel à franchir les frontières deviennent trop pragmatiques et superficiels. Il y a, évidemment, des besoins missionnaires urgents juste de l’autre côté de beaucoup de barrières et des besoins concrets d’échange de personnel, mais la raison la plus profonde de notre disponibilité missionnaire se trouve dans les projets imprévisibles de Dieu qui font de nous des pèlerins permanents, et dans l’amour que ce Dieu qui s’est anéanti a pour tout le monde, spécialement les pauvres.

2. Modèles bibliques de mission


Le p. Marcel Dumais, membre du Conseil général, a fait récemment une étude sur les modèles bibliques de mission et leur pertinence pour les Oblats. Son étude a été publiée dans Documentation OMI. Marcel distingue 1. Le modèle kérygmatique tel que nous le trouvons dans les Actes des Apôtres lorsque Pierre et Paul annoncent l’évangile à leur compagnons juifs ; 2. Le modèle d’Athènes où Paul se sert de la philosophie populaire dans son approche des Grecs ; 3. Le modèle évangélique employé par Jésus pour conduire progressivement ses disciples vers la plénitude de la foi; et 4. Le modèle d’Emmaüs avec ses éléments de solidarité empathique et de défi envers des disciples pour qu’ils aillent au-delà de leurs limites. Il importe de reconnaître que la Bible présente plus d’un modèle d’évangélisation ! Plusieurs approches sont possibles et peuvent être examinées chaque fois que nous nous lançons au-delà d’une nouvelle frontière. La parole de Dieu elle-même nous encourage à adapter continuellement nos méthodes missionnaires.

3. Frontières franchies par saint Eugène


Nous pouvons revoir l’appel et le charisme de saint Eugène avec les yeux d’un passe-frontières, et nous appliquer ensuite ce défi à nous-mêmes aujourd’hui. Il serait intéressant de faire un décompte de toutes les frontières politiques que notre Fondateur a dû franchir durant sa vie et son expérience personnelle de l’internationalité. Pendant son enfance en France et sa jeunesse en exil, Eugène a appris à s’exprimer en trois langues : le français, le provençal et l’italien. Plus tard, comme supérieur général et évêque, il montra un grand intérêt pour des pays lointains, par exemple pour un tremblement de terre sur l’île de la Guadeloupe. Il était fort motivé pour envoyer ses missionnaires à l’étranger. Remarquons que notre Congrégation s’est accrue à cause des missions étrangères, passant de 55 membres en 1840 à environ 400 à la mort du Fondateur. Elle a peut-être survécu seulement grâce aux missions étrangères !

Il est plus important, cependant, d’examiner le chemin spirituel d’Eugène, en portant une attention spéciale à son départ vers l’inconnu comme Abraham et Sara pour marcher le long des frontières comme Jésus. Cette année nous faisons mémoire de la rencontre d’Eugène avec le Christ Crucifié le Vendredi saint probablement de l’année 1807 lorsque le mystère pascal qu’il célébrait l’amena personnellement à passer de la mort à la vie. Une deuxième traversée fut vers les pauvres d’Aix et des alentours – prisonniers, domestiques, jeunes, populations rurales –, et nous admirons l ‘effort qu’il fit pour parler leur langue. Une troisième frontière fut franchie lorsque, quittant l’intimité de la maison maternelle, notre Fondateur s’orienta vers l’inconnu de la vie communautaire avec ses joies et ses peines.

Ce sont là des frontières que nous aussi, comme Oblats, nous devons toujours franchir: entrer dans le mystère pascal, nous faire proches des pauvres avec leurs visages toujours nouveaux, et accepter la réalités inconnue et peu familière de la vie de communauté.

4. Difficultés et craintes


On peut remarquer que dans la Congrégation l’internationalité et le fait d’aller au-delà des limites de sa propre Province, Délégation ou Mission, ne vont pas sans difficulté et souvent effraient. Les nouvelles missions sont nées des douleurs de l’enfantement et la restructuration n’est jamais facile. Souvent, dans les rencontres régionales, les discussions sur des projets communs, par exemple les maisons de formation interprovinciales ou d’autres entreprises communes, ne se font qu’avec difficulté. Il serait bon d’identifier ces difficultés et les craintes qui surgissent en chaque cas, spécialement aux sessions de travail des Régions et des Sous-régions, qui constituent les groupes responsables lorsqu’il s’agit de franchir des frontières.

Je voudrais en mentionner quelques-unes qui se manifestent habituellement et qui doivent être affrontées si nous voulons les surmonter.

a. Inculturation et ouverture à d’autres cultures


Tout d’abord, il existe dans notre mission deux défis qui apparemment s’opposent: l’inculturation et l’ouverture à d’autres cultures. D’un côté, l’Évangile doit être inculturé tandis que la communauté apostolique doit trouver une expression locale. Pour un missionnaire Oblat, l’inculturation comprend l’apprentissage de la langue locale, la familiarisation avec des organismes locaux, un effort pour vivre toujours davantage des ressources locales. Ici, la première crainte chez le missionnaire est de perdre ses racines culturelles, ou bien d’être limité par la pauvreté des ressources. Ce qui aide quelquefois, c’est le fait que la communauté soit composée de missionnaires étrangers de différents pays parce qu’ainsi la culture locale devient plus facilement le point de repère commun.

Le processus fait un grand bond en avant lorsque les Oblats du lieu prennent des postes de leadership. Il peut alors arriver que la Province préfère inconsciemment se passer de l’internationalité parce que les Oblats locaux ne veulent plus jamais se sentir comme des étrangers dans leur propres communautés. Cependant, nous savons qu’en tant que Congrégation missionnaire, nous avons la tâche de maintenir la flamme missionnaire dans l’Église locale, la mettant au défi de s’ouvrir à la pleine catholicité de notre foi. Pour cette raison, à mon avis, les Provinces devraient savoir maintenir un certain mélange dans leur personnel, avoir comme politique d’y inclure des membres d’autres pays en mettant sur pied si possible quelques communautés interculturelles et internationales.

b. Des petites structures contre des grandes


Les structures sont là seulement pour servir notre mission. Dans beaucoup de situations, nous avons étendu notre territoire à tel point que nous nous y trouvons trop dispersés. Comment pouvons-nous mieux nous y organiser? La structure existante pourrait être inadéquate, et le plan bien pensé d’une future restructuration pourrait bien ne pas être l’idéal pour notre travail missionnaire. Comment pouvons-nous éviter de perdre contact avec la culture locale et avec les Oblats à cause de la tyrannie de la distance et de la diversité culturelle ? Nous trouvons ici un défi à notre créativité : il s’agit de trouver la manière d’ouvrir notre espace au-delà des frontières sans perdre l’avantage de la présence locale et de la familiarité des petits groupes. Les Unités qui sont passées par une restructuration se trouvent maintenant confrontées à plusieurs types de sous-structures, telles les « zones » ou les « groupes » pour voir si elles sont faisables chez elles. Elles veulent expérimenter à la fois que «ce qui est petit est beau » et que « franchir les frontières peut relever les forces ».

c. Autres difficultés et craintes qui surgissent lorsque l’internationalité est en jeu


En plus de la dichotomie innée entre l’inculturation et l’ouverture à d’autres cultures, et les dilemmes de la restructuration, il y a encore d’autres obstacles qui nous font craindre d’aller au-delà des frontières.

C’est d’abord le malaise culturel entre un pays dans son ensemble et les groupes culturels ou ethniques qu’il comporte. Nous devons respecter ces sentiments et même en tenir compte dans nos structures comme Congrégation. D’autre part, nous devrions être assez prévoyants pour identifier et surmonter progressivement ces obstacles. Des projets communs dans une nouvelle mission, une communauté mixte ou des activités associées à JPIC peuvent aller loin.

Outre un malaise historique entre cultures, il y a des situations particulières, spécialement dans des secteurs fermés que certains voudraient se réserver; on craint que lorsque les structures auront changé, certaines personnes seront déplacées, ou que des intérêts propres en seront affectés. Naturellement, il faudra prendre en considération toute demande légitime, surtout de la part de ceux qui ne voudraient pas être déplacés vers un lieu totalement inconnu. Tout compte fait, créer une Unité oblate plus large est souvent une bénédiction car cela aide à dénouer des situations complexes et à trouver un meilleur poste pour un confrère qui, autrement, resterait bloqué pour de longues années.

Les préoccupations financières sont parmi les sujets que nous avons le plus de difficulté à aborder. Lorsque nous créons des environnements interculturels ou internationaux, des différences dans les ressources financières et dans les compétences administratives apparaissent. Comme pour les autres obstacles, il sera important de les identifier; la formation d’administrateurs compétents sera d’un grand secours pour les surmonter.

5. Mission, internationalité et l’unicité de la Congrégation


L’internationalité est une notion qui s’est fait jour au cours des deux derniers Chapitres. Nous savons maintenant qu’il y a un besoin concret pour la Congrégation de devenir plus internationale si nous voulons fonder de nouvelles missions et en garder d’autres où les vocations sont rares. Comme nous l’avons vu plus haut, des études montrent que la génération présente des jeunes Oblats devra affronter la réalité du ministère à un niveau plus international qu’aujourd’hui.

En comparaison avec le terme plus riche de «franchissement de frontières », l’internationalité est quelque chose de relatif ; souvent il sera plus important de franchir d’autres frontières, même à l’intérieur d’un pays ou d’une Province. Cependant, pour que cela arrive, l’expérience internationale peut avoir une fonction pédagogique, nous apprenant qu’un des points essentiels de la mission consiste à s’incarner dans un monde différent du nôtre. Des Provinces se sont engagées dans le ministère auprès des immigrants dans leur propre pays à cause de l’expérience missionnaire précédente de certains de leurs missionnaires à l’étranger.

Aujourd’hui nous sommes appelés à ouvrir de nouveaux champs missionnaires dans le monde sécularisé aussi bien que dans des situations d’extrême pauvreté. Pour que cela se réalise, nous devrons nous habituer à ce que des missionnaires venant du sud soient invités à témoigner du Christ parmi les classes très pauvres comme aussi dans des sociétés matériellement plus riches.

Finalement, l’internationalité a une valeur de témoignage, elle ajoute de la crédibilité à la dimension évangélique de nos communautés. La communauté elle-même devient mission lorsqu’à l’intérieur de nos propres maisons nous vivons ce que dit Eph 2, 19 : « Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu ».

Il est utile de rappeler que nous sommes membres d’une Congrégation et non seulement d’une Province. Un certain nombre d’éléments dans notre Congrégation rappellent de manière spéciale cette orientation à aller au-delà des frontières. Cela s’exprime par notre tradition que la première obédience soit donnée par le supérieur général ; c’est là plus qu’une formalité. Le Centre International de Mazenod à Aix a rendu beaucoup d’Oblats conscients de l’unicité de la Congrégation, ce qui était plus tangible au temps de saint Eugène mais qui peut encore être expérimenté aujourd’hui. À l’intérieur de chaque Province, les Frères Oblats peuvent nous aider, à leur manière, à franchir les frontières et à être ouverts à de nouveaux mondes à évangéliser, que ce soit dans des milieux sécularisés, dans le cadre du dialogue interreligieux ou parmi les vrais pauvres. Finalement, il y a la grande famille du charisme de saint Eugène, spécialement nos propres mouvements laïcs ou les « Partenaires Oblats dans la Mission », comme ils suggèrent maintenant d’être appelés. Ils peuvent nous aider, nous Oblats religieux, à entrer dans de nouveaux champs missionnaires au-delà de limites que nous ne saurions franchir de nous-mêmes, par exemple en élargissant davantage la mission oblate vers les non-chrétiens.

Pour traduire ceci en termes d’action, comme je vais le suggérer dans la dernière partie de mon allocution, prenons en considération ce que le Chapitre de 1998 nous a demandé à tous : « Aller plus loin et vivre à tous les niveaux une vraie conversion; ne pas se borner à ‘ma région, ma province, mon pays’. Oblats nous sommes pour la Congrégation, pour l’Église, pour le monde ».


IV. Action possible


Comment pouvons-nous faire avancer le projet du « franchissement des frontières » pour le bien de la mission, comme cela a été suggéré par nos derniers Chapitres, et « par l’Esprit-Saint » dirions-nous avec les Actes des Apôtres ? Partons d’abord des trois principes suivants.

A. Principes


1. Les communautés interculturelles et internationales sont un témoignage qu’en tant que missionnaires nous devons au monde d’aujourd’hui.


Pour soutenir cette thèse, il peut être suffisant de citer l’Exhortation Vita Consecrata: «À notre époque, caractérisée par la mondialisation des problèmes et par le retour des idoles du nationalisme, les Instituts internationaux ont la responsabilité particulière d’entretenir le sens de la communion entre les peuples, les races, les cultures, et d’en témoigner » (51).

2. Franchir les frontières est une opération complexe et a besoin d’une approche collective.


Les énergies missionnaires sont là. Si les leaders de la Congrégation n’en tiennent pas compte, il n’en résultera que des projets individuels d’un avenir incertain. Leur réponse n’est pas chose facile ; elle demande des études stratégiques minutieuses en chaque Unité oblate pour obvier à des solutions individualistes. Le processus Immense Espérance nous fournit d’importants instruments : ensemble nous devons décider quelles missions existantes nous voulons soutenir, quelles nouvelles missions nous voulons commencer, et comment nous pouvons adapter nos projets aux moyens dont nous disposons.

Pour répondre de manière effective, nous devrons souvent aller au-delà de la Délégation ou de la Province, et choisir une approche collective plus large, par exemple au niveau de la Région. On peut également penser à des engagements inter-congrégationnels, aussi bien qu’à des projets au niveau de l’Église locale ou avec des organisations non-gouvernementales.

Prenons le temps nécessaire pour nous bien préparer à porter le Christ et son évangile au-delà de nouvelles frontières, mais commençons dès maintenant et faisons-le ensemble.

3. Il est essentiel que la formation continue et la formation première deviennent plus missionnaires et internationales.


Un évêque Oblat m’écrivait au mois de mars 2007 : « … je constate de plus en plus un manque d’esprit missionnaire chez les OMI. Je crois qu’il faut revoir la formation à la base. … Ne jamais oublier que les Oblats sont missionnaires ou ne sont pas ! ». Si nous voulons un esprit missionnaire et l’internationalité, nous devons préparer nos candidats à temps. Trop souvent, durant la formation première, nous avons été préparés au travail en paroisse, et pas assez pour des tâches typiquement missionnaires. Il faut ajouter que non seulement l’Unité qui envoie mais aussi l’Unité qui reçoit doivent assurer cette préparation.

B. Ce que nous pouvons faire au niveau pratique


1. Continuons et intensifions notre réflexion sur la mission dans la Congrégation.


Un bon nombre d’activités ont déjà été réalisées ou sont en cours de réalisation, comme le groupe de réflexion sur la mission en Amérique Latine organisé en 2006, le symposium de 2007 sur le Dialogue interreligieux en Indonésie et la récente session de formation qui s’est tenue à Bangkok en juillet dernier, le premier congrès sur le ministère des Oblats auprès des jeunes qui s’annonce pour Sydney en 2008, le symposium de 2008 à Cochabamba sur la mission dans les cultures indigènes, le projet d’une session sur le ministère auprès des immigrants pour 2009… sans oublier les symposiums récents sur la sécularisation. Certaines de ces réflexions ont déjà mené à des initiatives sur le terrain.

Une réflexion permanente sur la mission oblate se poursuit en notre Centre International de Mazenod à Aix, auquel nous avons déjà fait une rapide allusion. Depuis presque vingt ans, l’Expérience de Mazenod a aidé des centaines d’Oblats à découvrir dans notre charisme la perle de grande valeur qui est à la base de la communion entre nous au-delà des frontières. La direction actuelle du Centre travaille à de nouvelles expériences, convaincue que notre charisme est le rocher spirituel sur lequel nous pouvons bâtir des communautés oblates internationales, afin d’équiper les Oblats pour la vie et la mission dans de nouvelles conditions de partage international. Le Centre jouit d’un potentiel unique pour la mise en oeuvre des aspirations des récents Chapitres.

2. Continuons l’Immense Espérance


Le Chapitre de 2004 s’est vu comme un moment important du processusImmense Espérance et a déclaré : « Ce Chapitre général ne met pas fin au projet Immense Espérance, mais il prend plutôt à son compte le travail qui a été accompli et exhorte chaque Unité oblate à poursuivre ses efforts et à voir le Projet comme un processus d’ auto-évaluation continue et de développement de stratégies pour la mission » (Lettre, p. 6). Il a demandé que « l’Administration Générale continue le Projet Immense Espérance en s’assurant qu’une révision périodique de la vie et du ministère des Oblats soit conduite dans les Régions et les Unités » (33). Ce projet demeure un instrument valable, maintenant connu par toute la Congrégation, pour évaluer de façon permanente notre travail missionnaire et pour mesurer nos efforts missionnaires avec les ressources dont nous disposons. Ce que nous pouvons encore ajouter au Projet Immense Espérance consiste à aller encore plus loin au-delà des frontières dans nos rêves missionnaires, et à partager concrètement notre personnel et tous les autres moyens nécessaires. Il serait bon d’entrelacer notre formation première et continue avec le Projet Immense Espérance qui peut fournir les critères nécessaires pour des aspects importants de notre formation missionnaire. Chaque fois que nous envoyons nos jeunes missionnaires à l’étranger pour des stages ou des études, le lien avec leur travail futur devrait être aussi clair que possible.

3. Le côté qui reçoit doit « emballer » ses besoins de personnel


Une fois que nous avons atteint une certaine vision de notre travail futur, le défi consiste à identifier des projets missionnaires concrets. Il est plus facile pour la Congrégation et pour les Provinces de répondre à ces besoins si les demandes sont présentées avec un « emballage »: des objectifs clairement définis, un engagement pour un certain nombre d’années, les conditions requises du personnel et des ressources claires. De bons projets rassemblent et unissent, tenant allumée la flamme missionnaire et nous empêchant de disperser nos énergies dans l’individualisme et l’ethnocentrisme. Comme il a été dit ci-dessus, les réponses à ces projets vont souvent au-delà des possibilités d’une Province ; la Région doit alors savoir jouer un rôle majeur de médiation. Ici, un exemple serait la collaboration requise pour nous aider à établir l’une ou l’autre communauté pilote voulue par le Chapitre.

4. Nous devons élaborer une meilleure façon de partager nos missionnaires


Les personnes sont notre ressource la plus précieuse, beaucoup plus importante que la terre ou les finances. Nous avons déjà commencé à partager nos finances, par exemple par le programme de partage du capital, et nous devons continuer ces efforts de solidarité. Nous pouvons faire encore mieux pour le partage de notre personnel s’il a été bien préparé. Voici des possibilités que j’envisagerais mais qui n’ont pas encore été décidées :
  • établir comme norme une année au moins de formation initiale en dehors de son propre pays ;
  • donner la première obédience plus tard que maintenant, par exemple après deux ans de ministère dans la province d’origine, avec la possibilité d’exceptions; après quelque temps passé dans le ministère dans son propre pays, un envoi à l’étranger est plus réaliste et accorde plus de temps pour préparer soigneusement l’obédience;
  • mettre en valeur le projet « Missionnaires sans frontières » par la création d’un bureau central où convergeraient les besoins en personnel et les personnes ou communautés prêtes à aider.


5. Lançons l’ idée de la régionalisation de la formation.


L’idée a surgi lors de la Session plénière du Conseil général en janvier 2007, mais à ce moment ce n’est rien de plus qu’une idée. Elle pourrait être proposée à l’attention du prochain Chapitre général. Régionaliser la formation signifierait que la Région en assumerait la responsabilité ultime, l’autorité principale sur les maisons de formation passant des provinciaux et de leurs conseils à un conseil élu au niveau régional. Ceci ne veut pas dire qu’une Province n’aurait plus de maisons de formation ou qu’elle n’en serait plus responsable quant à sa marche quotidienne, mais que les politiques pour l’établissement de ces maisons, la composition de leurs équipes de formation et leur gouvernement seraient décidés au niveau régional. Il y a de quoi espérer que, de cette manière, la formation deviendrait de plus en plus internationale et le « franchissement missionnaire des frontières» deviendrait une partie normale de la formation première.


* * * * *

Il y a deux cents ans saint Eugène fut envoûté par le Sauveur Jésus Christ. Depuis ce temps-là, il porta dans son cœur l’universalité du salut du Christ. Ce salut devait inclure même les plus pauvres parmi les pauvres, même des criminels condamnés à mort. Il devait aussi rejoindre les coins les plus reculés de son propre pays et du monde. Saint Eugène a voulu que les Oblats soient « les coopérateurs du Sauveur, les corédempteurs du genre humain » et que « leur ambition embrasse dans ses saints désirs, l’immense étendue de la terre entière » (Règle de 1818). Je crois que l’interprétation du charisme de saint Eugène par nos récents Chapitres généraux est fidèle à sa pensée lorsqu’elle propose le défi de « l’internationalité», du « franchissement des frontières», en ce temps où nous sommes envoyés évangéliser les pauvres dans un monde globalisé.


P. Wilhelm Steckling, o.m.i., Supérieur général,
et le Conseil général


[1] Au moins 185 millions de personnes au niveau mondial vivent en dehors de leur pays de naissance; ils étaient à peu près 80 millions il y a 30 ans (Nations Unies,2002). Un nombre considérable de gens essaye de quitter la dévastation de leur propre pays causée par la forme courante de globalisation. Entre 1990 et 2005 seulement, des 36 millions d’émigrés recensés, 33 millions se retrouvent dans des pays industrialisés; le 75% de cette augmentation se produisit en 17 pays seulement. Cependant, de loin la plupart des migrations internationales ont lieu dans les pays de l’hémisphère sud et sont largement ignorées.
[2] L’archevêque Silvano Tomasi, dans sa conférence de juillet 2007 durant une session des Nations Unies au Conseil économique et social de Genève, a demandé de réexaminer les raisons pour lesquelles les pays en voie de développement sont incapables de se relever de leur pauvreté, observant que le nombre des gens vivant avec moins de 2$ par jour continue à augmenter.
[3] Un exemple sont les Accords économiques de Partenariat (EPA), des accords compréhensifs de libre marché visant à amener les régions d’Afrique, des Caraïbes e du Pacifique (ACP) à éliminer les barrières du marché à presque toutes importations venant de l’UE sans protection, et rien en contrepartie de la part des marchés ouverts d’Europe.


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