510 - Avril 2011
10 Mars 2011 - 7 Avril 2011

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POUR UNE COMMUNAUTÉ PROPHÉTIQUE

Par Paolo Archiati, OMI, Vicaire Général

Je voudrais prolonger ma réflexion sur la communauté, premier appel à la conversion venant de notre dernier Chapitre. La vie fraternelle en communauté – un document de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique paru en 1994 – aborde le sujet de la vie commune par rapport à des difficultés qu’elle est appelée à affronter de nos jours, surtout celle de l’individualisme. La communauté religieuse y est définie comme «le lieu où se fait chaque jour le patient passage du “je” au “nous”: de ma tâche à la tâche confiée à la communauté, de la recherche de “mes intérêts” à celle des “intérêts du Christ”». Ce passage patient est le travail de chaque jour et se fait dans un équilibre qu’il est parfois difficile à trouver et à garder, «entre le respect de la personne et le bien commun, entre les exigences et les besoins de chacun et ceux de la communauté, entre les charismes personnels et le projet apostolique communautaire». Les ennemis de cet équilibre sont l’individualisme qui désagrège d’un côté et le communautarisme qui nivelle de l’autre.

Si ce passage se fait avec cet équilibre, la communauté religieuse devient «le lieu où l’on apprend chaque jour à faire sienne cette mentalité renouvelée, qui permet de vivre la communion fraternelle en profitant de la richesse des dons de chacun, et fait converger ces dons vers la fraternité et la commune responsabilité du projet apostolique».

Nous pourrions souligner ici que la communauté ne supprime pas le «je» ni ne le remplace: les «je» qui forment la communauté en sont le point de départ: sans les individus il n’y a pas de communauté; en même temps la communauté les dépasse, ou mieux, les amène à se dépasser pour se retrouver dans un autre sujet d’action et de mission qu’est la communauté elle-même.

Cela nous aide à éviter ce que le document appelle «communautarisme qui nivelle», qui supprime la liberté, l’initiative et les talents individuels; il s’agit d’un appel perçu dans la parole de Jésus qui fait de ses appelés une communauté autour de lui et qui invite chacun à se dépasser pour se retrouver à un niveau plus haut, celui justement de la communauté, de la famille. La mission est confiée en même temps à chaque individu et à la communauté. Que l’aspect individuel ne soit pas supprimé par la conversion à la communauté est bien exprimé dans le premier des 9 appels à la conversion: que chaque Oblat réfléchisse sur le témoignage de sa vie religieuse et vive les vœux d’une manière prophétique afin d’en transmettre les valeurs au monde et d’inviter d’autres personnes à se joindre à la famille oblate. Le sujet de cette invitation est «chaqueOblat»: le point de départ est toujours la personne de chacun de nous; ici nous sommes invités à réfléchir sur le témoignage de notre vie religieuse individuelle et à vivre les engagements des conseils évangéliques d’une façon prophétique pour que les valeurs qu’ils représentent soient communiquées au monde et que d’autres personnes, par ce témoignage, perçoivent l’invitation, venant de celui même qui nous a appelés, à se joindre à notre famille.

Une invitation particulière est adressée ici à chaque supérieur et à chaque communauté: lorsqu’on dit «chaque communauté» on peut sous-entendre que chaque communauté joue, dans l’ensemble de la famille oblate, le même rôle que les individus jouent dans la communauté locale. C’est un point qu’il serait intéressant de développer.

Lorsque nous considérons la situation de nos communautés aujourd’hui à travers le monde, il apparaît évident que l’internationalité est l’une de ses caractéristiques plus manifestes, un défi qui peut déterminer la réussite de notre mission et de notre vie dans les années à venir. En regardant les choses de plus près et dans la perspective de la conversion communautaire, la question qui se pose est la suivante: nos différences sont-elles réellement une richesse? Nous le disons souvent, et nous aimons le dire, mais la question demeure. L’autre dans son altérité est-il vraiment une richesse pour moi? Je ne répondrais pas trop rapidement par l’affirmative, il y a là un long chemin à parcourir. Et je suis convaincu que nous n’en sommes qu’au début, mais cela vaut certainement la peine de relever ce défi, de nous laisser interpeller par la réalité de la vie concrète de nos communautés et de poursuivre cet objectif. Aimer l’autre – celui que nous appelons peut-être trop rapidement confrère – n’est pas si évident, si Jésus en a fait le deuxième commandement, qui complète l’amour de Dieu et en qui sont résumés la Loi et les Prophètes! Sans nous en apercevoir et d’une façon souvent très subtile, nous avons tendance à assimiler l’autre à nous-mêmes, ce qui nous plaît dans l’autre est ce qui se trouve déjà en nous, ce qui nous rapproche plus spontanément de l’autre est ce qui en lui nous ressemble, ce que nous avons en commun. Aimer l’autre non seulement parce qu’il est autre mais aussi pour qu’il soit autre, pour qu’il soit lui-même, l’aimer dans ses différences et ses diversités, voilà le défi et le chemin de la conversion vers une communauté qui sera réellement prophétique.


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