545 - Juin 2014
30 Avril 2014 - 31 Mai 2014

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“VAUT-IL MIEUX VIVRE SEUL QUE MAL ACCOMPAGNÉ” ?

P. Paolo Archiati, Vicaire Général

En écrivant ces réflexions sur la communauté, je me rends compte de la complexité du thème et des innombrables angles d’attaque sous lesquels on pourrait le traiter. Après avoir parlé, la dernière fois, du supérieur local et de sa ‘vocation’ spécifique à être pasteur de ses frères, j’avais pensé traiter en ce numéro – et peut-être dans les suivants – des composantes de la communauté locale, en étudiant et en analysant ses diverses ‘typologies’. Je m’aperçois que, même si ce pouvait être une tentative intéressante, qui pourrait offrir des éléments de réflexion, cette démarche est cependant trop complexe. Elle nous pousserait à classifier les personnes, à les enfermer dans des clichés prédéterminés, avec le risque d’être superficiels et subjectifs.

Je m’arrêterai donc sur deux autres points qui me semblent importants pour la vie d’une communauté oblate. Le premier peut sembler banal: c’est le nombre idéal des personnes qui devraient composer une communauté locale. Un tel nombre n’existe pas. Il y a des communautés de trente Oblats où les rapports sont bons, malgré quelques difficultés inévitables, pas nécessairement liées au nombre; il y a aussi des communautés de trois ou quatre Oblats où les rapports sont conflictuels en permanence, à supposer qu’ils existent.

Selon notre Règle de vie, «La communauté locale est formée en général d’au moins trois Oblats» et «la situation d’un Oblat qui vit tout seul devrait toujours être considérée comme provisoire.» En ces deux expressions, il y a une certaine sagesse, liée aussi à des considérations de caractère psychologique. C’est un fait, nous avons encore beaucoup trop d’Oblats qui vivent seuls et depuis trop d’années. Que faire? Combien de fois cette question ne revient-elle pas dans nos réunions du Conseil général! Je crois être une personne généralement optimiste, mais je dois confesser que, devant cette question et les situations auxquelles elle se réfère, mon optimisme parfois m’abandonne… D’où la question: que faire?

Quelqu’un pourrait me citer le proverbe: “Mieux vaut vivre seul que mal accompagné”: mais qui a dit que l’alternative serait nécessairement soit ‘d’être seul’ soit ‘d’être mal accompagné’? Ne peut-on pas être ensemble et se faire bonne compagnie?

L’autre point, très complexe, et sous certains aspects plus délicat que celui purement extérieur du nombre, est celui des relations interpersonnelles qui se nouent à l’intérieur de la communauté religieuse oblate. Ce thème est lié à l’un de ceux que nous avons déjà traités précédemment, où nous avons dit que l’Église est le lieu où s’apprend la communion. La communauté c’est un peu la même chose. Le thème que j’aimerais souligner est celui de l’altérité. Beaucoup d’encre a coulé sur ce thème dans les dernières décennies, et je me demande si ce n’est pas exactement ici le point crucial du fonctionnement dont dépend en grande partie la vie de la communauté. Identité et relation. Affirmation de soi et reconnaissance de l’autre. L’autre dans son être autre-que-moi: est-il une aide à ma liberté ou une menace? S’agit-il d’un frère avec lequel je marche derrière le Maître, qui nous a appelés l’un et l’autre, ou s’agit-il d’un obstacle sur ce chemin? Est-il une présence qui m’enrichit ou un «bâton dans les roues» de mon projet personnel? Nous pourrions continuer. «L’enfer c’est les autres», a dit un fameux philosophe français. Sommes-nous sûrs qu’existentiellement il n’en est pas ainsi? Sommes-nous en mesure de le démontrer? Peut-être est-ce précisément en cela que réside la dimension prophétique de la communauté religieuse. L’altérité est chose sérieuse, un défi, un appel à la conversion, un exercice ascétique. Tant que nous n’avons pas réussi à vivre l’altérité comme expérience quotidienne positive, nous ne sommes probablement pas encore à même de faire communauté.

Une ultime considération. Dans un rapport qui m’est tombé entre les mains récemment, j’ai lu l’histoire d’une maison qui a été imaginée avec un nombre suffisant de portes pour que ses habitants puissent entrer et sortir sans être vus et sans se rencontrer. Alors que je me demandais quelle pouvait être la nature et l’utilité d’une telle maison, j’ai découvert qu’une telle maison avait effectivement été réalisée, conformément à ce projet, et qu’il s’agissait d’une maison religieuse et… oblate! Ce fut, je le confesse, un coup de marteau sur mon optimisme a priori et facile. Que faire? Quelque lecteur voudra peut-être risquer une réponse? De ce point de vue aussi, les 200 ans de notre histoire sont un “kairos” que nous ne pouvons pas laisser passer; autrement qu’en serait-il de notre prophétisme, comment pourrions-nous encore parler d’une “vie religieuse prophétique”?

Et si l’autre était le paradis, ou un chemin pour le rejoindre? Je suis convaincu que, s’il ne l’est pas, il pourrait le devenir, et pour soutenir cette conviction, les exemples de tant de saints ne manqueraient pas, à commencer par notre Fondateur qui voyait dans la communauté le lieu privilégié et l’école de la sainteté pour ses Oblats: «Nous sommes sur la terre, et en particulier dans notre maison, pour nous sanctifier, en nous aidant mutuellement par les exemples, les paroles et les prières.» (Au p. Tempier, 22 août 1817).


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