ENGLISH | ESPAÑOL
Oblatio
Anciens numéros - 2 - 2012/2
PRÆFATIO
Charisme et sacerdoce

La célébration des 150 ans de la mort de saint Eugène de Mazenod a laissé dans l’ombre un autre anniversaire, les 200 ans de son ordination sacerdotale, dans la cathédrale d’Amiens, le 21 décembre 1811. Le souvenir de cet événement nous offre l’occasion de réfléchir au sens du sacerdoce, dans la vie et la mission de saint Eugène et des Oblats. C’est à ce thème qu’est consacré en partie, le présent numéro d’Oblatio.

En revenant aux origines de notre Congrégation, nous sommes portés à penser que l’introduction de la vie religieuse, ait été vue comme soutien au ministère sacerdotal. Le projet initial était en effet, de réunir un groupe de prêtres qui pourraient s’adonner à la prédication des missions. Dans un deuxième moment, les voeux ont été introduits afin d’être plus semblables aux apôtres, qui avaient suivi les conseils évangéliques ; dans cette perspective, l’oblation serait au service du ministère sacerdotal.

Peut-être, pourrait-on changer la perspective et se demander si, avant même la dimension presbytérale et l’oblation elle-même, on ne doive pas considérer le charisme dans son essence plus profonde, qu’est l’évangélisation des pauvres. En ce cas, le sacerdoce serait un instrument essentiel, mais non pas unique, pour vivre le charisme. À l’actualisation du charisme concourent, au même titre que les Pères, les Oblats frères, incarnant une autre expression significative du sacerdoce, qui n’est pas celle presbytérale. Même si nous prenons acte de la désignation canonique de « congrégation cléricale », donnée par les Constitutions et Règles, tous les Oblats de Marie Immaculée, prêtres et laïcs, sont unis par le même charisme et sont à son service, même si c’est en des modalités différentes. En ce cas, c’est le charisme qui imprime son caractère au ministère presbytéral. Celui-ci devient instrument concret pour actualiser le projet que l’Esprit a révélé à Saint Eugène. Évidemment, le ministère presbytéral naît du même sacrement chez un prêtre diocésain ou chez un Oblat, mais chez l’Oblat, il fleurit sur une vocation charismatique et est au service de sa réalisation.

Je pense, à ce propos, que nous pouvons tirer partie de l’enseignement du Magistère, dans ces dernières années. Le schéma traditionnel des tria munera – enseignement, sanctification gouvernement – comme le rappelle Joseph LaBelle, dans son article ci-après, était apparu comme très pertinent, aux Pères du Concile Vatican II, pour exprimer l’identité, la nature et la mission du ministère ordonné (cf. LG 25-29 ; PO 4-6). Le Synode des évêques de 1985, 20 ans après la conclusion du Concile, partant de l’ecclésiologie de communion, a préféré une nouvelle triade qui reprend les dimensions fondamentales de l’Église : mystère, communion, mission. C’est sur cette triade que se structure la problématique fondamentale de Christifideles laici, reprise ensuite par Pastores dabo vobis, comme clé d’une nouvelle compréhension du ministère presbytéral (n. 12). Ces trois aspects plongent leurs racines dans les versets centraux de la Prière de Jésus pour l’unité, qui a été appelé, et ce n’est pas par hasard, ‘Prière sacerdotale’ : qu’ils soient un comme moi et toi (communion) – toi en moi et moi en eux (mystère) – afin que le monde croie (mission) cf. Jn 17). En reprenant cette triple perspective, je commence par le dernier élément.

Mission. Nous sommes nés comme missionnaires – Missionnaires de Provence – pour être missionnaires. « Notre fin principale, je dirais presque unique – rappelle Saint Eugène – est la fin même que Jésus-Christ s’est proposée en venant dans le monde, la même fin qu’il a donnée aux Apôtres, à qui sans aucun doute, il a enseigné la voie la plus parfaite » (Au p. Mille, aux Pères et Frères de Billens, 4 novembre 1831). La mission de l’Oblat explicite la réalité d’une Église « toute entière missionnaire » et met le ministère sacerdotal lui-même, au service de la mission : parole, sacrements et accompagnement pastoral, sont des instruments pour rejoindre l’objectif de l’Église que saint Eugène a exprimé par les paroles : « apprendre qui est Jésus Christ » comme nous lisons dans la Préface.

Ap-prendre, verbe qui lui est cher, qu’il avait utilisé également dans la prédication du Carême de 1813, indique « faire sien » ce qui vient d’être enseigné. La mission du prêtre oblat est d’introduire à l’expérience de la connaissance personnelle du Christ (cf. É. Lamirande, L’annonce de la Parole de Dieu selon Mgr de Mazenod, “Études Oblates” 18 [1959], p. 105-126; P. Sion, L’évangélisation dans les différentes éditions de nos Constitutions et Règles, “Vie Oblate Life” 36 [1977], p. 103-126) ; une mission aux dimensions du monde ; ce que le décret conciliaire Presbyterorum ordinis rappelle à tout prêtre, vaut à plus forte raison pour le prêtre oblat: « Le don spirituel que les prêtres ont reçu dans l’ordination ne les prépare pas à une mission limitée et restreinte, mais bien au contraire à une mission de salut illimitée et universelle, “ jusqu’aux extrémités de la terre “ (Ac 1,8), étant donné que tout ministère sacerdotal participe de la même amplitude universelle de la mission, confiée par le Christ aux apôtres. De fait, le sacerdoce du Christ, duquel les prêtres sont rendus réellement participants, s’adresse nécessairement à tous les peuples et à tous les temps, ni ne peut subir des limitations dues à la race, la nation ou l’âge… Que les prêtres donc se rappellent qu’ils doivent prendre leur part de la sollicitude de toutes les Eglises. » (n. 10)

Communion. Le second aspect qui caractérise l’ecclésiologie de communion et donc le presbytérat, c’est la capacité de créer la communion. Si l’Église, comme nous lisons au début de la Lumen gentium, « est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire, à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. » (n. 1) tout sacrement ultérieur, y compris celui de l’ordre, est une expression de sa nature plus largement sacramentelle, en vue de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain.

L’expérience du Christ, à laquelle la mission oblate est ordonnée, est de fait, indissociablement personnelle et ecclésiale. Le « salut des âmes » est en vue de la naissance de la communauté chrétienne, où le salut atteint la plénitude et la stabilité. « Dieu – rappelle la Constitution conciliaire Lumen gentium – veut sanctifier et sauver les hommes, non pas individuellement et sans lien aucun entre eux, mais il veut constituer avec eux un peuple » (n. 9). Pour les Oblats aussi, cette phrase de l’exhortation apostolique Christifideles laici demeure valable pour toujours : « la communion est missionnaire et la mission est pour la communion. » (n. 32)

Mystère. Au service de la mission, dans sa réalité de communion, le sacerdoce trouve sa raison la plus profonde dans le mystère du Christ et de l’Église. Le Christ est prêtre dans l’offrande de lui-même, sans réserve au Père et à l’humanité. Le chemin suivi par le Christ pour cette offrande ‘sacerdotale’, par laquelle il accomplit sa mission, est celui de la Croix. Il devait mourir pour rassembler les fils de Dieu dispersés (Jn11,52) et pour tout récapituler (cf. Eph1,10). Pour les attirer tous à lui et les conduire au Père, il devait être ‘élevé’ de terre (Jn 12,32-33), faisant de tous une seule chose… C’est la logique du grain de blé qui, parce qu’il meurt, produit beaucoup de fruits (Jn 12,24). De cette façon, il unit entre eux les proches et les lointains, les personnes de nationalité, condition sociale et sexes différents, faisant d’eux tous, un seul peuple (cf. Gal 3,28 ; Col 3,11). Là, sur la Croix, il a accompli l’oeuvre de la rédemption, là il est vraiment et pleinement le Sauveur. Il ne nous a pas sauvés quand il parlait aux foule, ni quand il faisait des miracles, mais quand il s’est offert sur la croix en oblation pure et sainte, quand il ne savait plus parler, quand il n’était plus capable de faire des miracles, quand il s’est vu réduit à rien.

Ils sont appelés à parcourir le même chemin tous ceux qui, avec Lui et comme lui, veulent travailler pour la construction du Royaume de Dieu et rassembler les hommes dans la famille des enfants de Dieu. Pour l’Oblat également, la croix est au centre de sa mission (cf. C 4) Lui aussi, s’il veut être coopérateur de la mission sacerdotale du Christ, et donc authentiquement prêtre, il doit revivre son mystère d’amour crucifié : « La croix oblate, reçue le jour de la profession perpétuelle, nous rappellera sans cesse l’amour du Sauveur, qui désire attirer à lui tous les hommes et nous envoie comme ses coopérateurs. » (C 63). Ainsi est-on vraiment co-rédempteur du Christ et exerce-t-on comme lui et en lui, le sacerdoce dans sa forme la plus haute. Ceci vaut pour le prêtre oblat comme pour le Frère oblat. Le mystère du sacerdoce coïncide avec celui de l’oblation ; les deux, sacerdoce et oblation, se rejoignent dans l’actualisation charismatique de la vocation oblate : la mission.

Nous surmontons ainsi la tentation toujours latente du prêtre, à se placer comme « instance intermédiaire » entre les croyants et Dieu ; sa mission est par contre, celle d’être pure transparence du Christ et de conduire à faire l’expérience de l’immédiateté du rapport entre les croyants et Dieu. La perfection suprême du sacerdoce réside dans une transparence toujours plus grande (in-existence) qui mette en lumière le Christ comme l’unique Prêtre. S’il a inauguré l’accès direct au Père, à travers l’anéantissement le plus total (cf. Ph 2) le prêtre aussi, pour accomplir sa mission, est appelé à revivre en lui, ce même anéantissement, pleinement exprimé dans l’oblation.

Commentaires

Il n'y a pas de commentaire pour cet article.